Ma folle à moi_Urbain AMOUSSOU

Ma folle à moi

J’ai connu ma femme sur le tard. La faute sans doute à mon père qui m’avait toujours dit de me méfier des femmes. Il m’a traumatisé le vieux. J’étais donc déjà dans la quarantaine quand on se rencontra. J’avais quelques soucis de cœur et elle était cardiologue.

Vous imaginez bien le genre de blagues pourries que j’ai dû faire avant qu’elle n’accepte le premier rendez-vous. Pourtant elle riait à mes blagues. Une femme intelligente et sublime Marlène. Nous étions tous les deux assez mâtures et tout se passait très bien. Elle comprenait que je sois impliqué dans mon travail et je comprenais que des patients l’appellent en pleins ébats.

Si je devais qualifier notre couple, je dirais que nous étions stables. Enfin, sauf quand madame était de mauvaises humeurs. Marlène est une femme passionnée. Il faut être passionné pour faire plus de 20 ans d’études et se spécialiser en cardiologie.

Je trouvais donc normal, quand lors de nos disputes, elle partait en vrille. Dans ces moments j’attendais calmement que la tempête passe. Mais pour un court instant, je découvrais la folle que j’avais épousée. Ce qui était drôle c’est que lors de ses accès de colère, elle utilisait des mots compliqués : hypermétrope, galénique, coronaire… Je les notais souvent et après je cherchais leur définition. Et on en riait ensemble.

Bref tout allait bien, c’était l’équilibre de la terreur, jusqu’à ce que la crise à la COVID-19 l’oblige à passer plus de temps à la maison. Les disputes se multiplièrent et le summum fut atteint le samedi 03 Mai. Un samedi. Il faut avouer que c’est aussi un peu ma faute. Pour une fois, j’avais refusé de me laisser faire.

Le confinement avait exacerbé nos frustrations à tous les deux et j’étais rentré dans son jeu. Pour dire la vérité, je ne me rappelle plus pourquoi on s’était chamaillés. Le ton monta, elle sortit des mots dont je ne comprenais pas le quart et je lui adressai de mon côté quelques bonnes vérités. Le diable était dans la maison. Nous étions à 19h15 quand elle prit ses affaires pour partir.

Je n’essayai pas vraiment de la retenir. Elle savait ce qu’elle faisait et je savais que la maison de sa meilleure amie était à peine à 30min de là. Elle partit donc et notre grande demeure devint calme. C’était bien. Cette sensation d’être libre m’avait manqué. Je ne tentai de l’appeler que le lendemain. Le téléphone sonna et c’était suffisant, je raccrochai avant qu’elle n’ait eu le temps de décrocher. Un médecin n’éteint jamais son téléphone et du moment où ça sonnait c’était rassurant.

Je passai donc un dimanche béni et le lundi je partis au boulot pour faire ma demi-journée. Je revins vers 17h et dès l’entrée je sus que quelque chose n’allait pas. La porte du salon était fracassée.

Tous mes objets de valeur avaient disparu. Tout, tout s’était évaporé. On aurait dit la chambre d’un célibataire, pire d’un étudiant célibataire qui adore la fête. Le plus terrible c’était le matelas, de notre chambre à coucher. Les malfrats, les malheureux voleurs y avaient pissé. L’odeur était nauséabonde. Ils avaient marqué leur territoire, signé leurs méfaits. J’avais besoin de soutien. J’appelai Marlène. J’avais besoin d’elle. Après plusieurs tentatives elle décrocha et dès qu’elle sentit l’angoisse dans ma voix, elle se mit en route et arriva 10 minutes plus tard.

Marlène me consola. Ces voleurs nous firent du bien, à bien y penser. N’eût été leur venue j’aurais laissé cette dispute s’éterniser et nous détruire. Je compris que j’avais besoin d’elle et que sans elle autour de moi je n’étais rien, sans elle dans notre demeure, des malfrats peuvent y pénétrer. Elle sut trouver les mots pour m’apaiser. Des mots simples, des mots doux. Elle mit ma tête sur ses genoux et me caressant le cuir chevelu, elle m’avoua que c’était elle.

Puis elle se pencha vers moi, prit mes lèvres entre ses petites dents, tandis qu’elle murmurait « je t’aime… à la folie ».

FIN.

Urbain AMOUSSOU

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