L’OISEAU – Urbain AMOUSSOU

L’OISEAU

« J’étais rentré, avant-hier, autour de 20h. J’avais l’impression que les os, muscles et fibres de mon corps avaient changé de place. Ma femme le comprit et pour une fois elle ne me posa aucune question et n’essaya d’ailleurs pas de jouer la délaissée, comme elle avait l’habitude de le faire. Je fus reconnaissant pour sa grande sollicitude.

Malgré le coronavirus nous passions de maison en maison pour régler les problèmes d’accès à l’eau de chacun. À force j’avais l’impression que j’étais vacciné ou que Dieu nous gardait mon équipe et moi. Nous étions comme des super-héros avec nos autorisations de sortie.

Je me dirigeai directement sous la douche, un geste qui m’étonnait moi-même. Avant je me serais affalé sur le canapé pour siroter une bière en écoutant ma femme me raconter sa journée tout en regardant la télé d’un œil.

Il faisait chaud, la vraie définition de « zozo ». Un ventilo alangui brassait la chaleur du salon. En se mettant à l’entrée du salon, on aurait dit la gueule d’un dragon. Un vent étouffant s’échappait par bouffées pour rejoindre la nuit torride.

Après la douche je décidai de restai sur la terrasse. Nous étions au premier. Un escalier dangereux y montait. Des vagues de manguier balayaient le toit.

La natte sur laquelle je m’étalai de mon long et large avait été délavé par le pipi du dernier de 2 ans. Parfois je me demande si j’avais autant pissé à son âge. Mais vu la fatigue et la moiteur chaude du salon, ce reste de natte était mieux que le canapé du salon et l’odeur de la litière ne m’empêcherait pas de dormir comme un soulard.

Vers 22h, sûrement poussée par le diable, ma femme décida de venir me rejoindre sur la natte avec le petit de deux ans et sous la dent des moustiques. Je lui fis comprendre qu’elle payerait les médicaments si jamais le petit tombait malade. Elle prit la fuite en me maudissant.

Il devrait être plus de minuit quand j’eus brusquement un grondement au ventre qui s’accéléra, mélangeant mes intestins avec tout le tube digestif et en un rien de temps je filais déjà vers les toilettes. Je remerciai Dieu d’avoir un « yovo gazé », car dans la précipitation, je me heurtai à la dureté de la cuvette. Pourtant ce mal ne put surplanter la douleur du liquide qui sonnait à la porte de mon derrière.

C’était étrange. Je n’ai jamais de maux de ventre, ni de diarrhée. Je faisais partie de ces hommes qui ne tombaient presque jamais malade, si ce n’est une fois tous les dix ans. Mais là c’était sérieux et même sans la lumière je me sentais éclairé dans tout mon être par un feu grondant, des laves qui léchaient mes entrailles. En passant en un éclair, j’avais vu ma femme sursauter au salon. Elle profitait du paresseux brasseur, tout en berçant le petit. Je crois qu’elle ne m’avait jamais vu courir aussi vite.

Je sortis 15min après. C’est déconcertant comment le temps passe vite quand on a la diarrhée. C’est comme quand on est avec son âme sœur. J’étais déjà exsangue. Ma pâleur fit paniquer ma jolie femme. Elle était vraiment belle malgré les trois parasites qu’elle avait eus. Et elle m’aimait toujours. Le souci était son caractère. Elle avait tendance à trop vite s’inquiéter. Après deux tours encore aux toilettes, elle me proposa de rentrer afin qu’elle me tienne compagnie au salon. Je maugréai et repartis sur ma natte.

Je ne sus pas quand je m’endormis mais vers 02h je fus réveillé par Médard. Le seul survivant d’une portée de sept chiots. Il se savait rescapé et il se comportait comme un con.

Dans cette nuit diarrhéique, il aboyait tel un dingo malade et il était apparemment proche. Je soulevai la tête et juste en cet instant, je sentis une aile énorme me balayer la figure, tandis qu’un énorme volatile s’enfuyait de mon chevet.

Il faisait sombre donc je ne pourrai dire de quel oiseau il s’agissait. La deuxième chose étrange était Médard, il avait les canines sorties et était posté sur ces quatre pattes comme un animal prêt à attaquer. Il se calma, vint me flairer, secoua la queue puis il descendit l’escalier pour aller garder la maison.

J’eus un frisson maladif qui me donna la chair de poule. Il était temps que je retourne à l’intérieur. La nuit fraichissait.

Le lendemain, comme à son habitude, et comme toutes les femmes du monde, ma femme était déjà debout, avant moi, avant le jour, avant le monde et elle n’avait pas de réveil. Une femme extraordinaire. Mais comme à son habitude, elle perdait déjà son sang-froid. Mais cette fois ci dans ses cris, il y avait autre chose. Ce n’était pas les mioches qui la faisaient hurler.

Je dévalai l’escalier de la mort, faillit à plusieurs reprises arriver trop tôt et puis là, devant ma femme qui se tenait la tête, les larmes sur son joli visage et le pagne défait, Médard.

Le pauvre chiot était mort, les yeux vitreux et le ventre boursouflé !

Urbain AMOUSSOU

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