Education – en Afrique

Auteur : Urbain AMOUSSOU

Education

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« On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation. » J.J. Rousseau

A partir de la classe de seconde, j’ai commencé à me poser de réelles questions sur les buts de l’éducation. Pourquoi allons-nous à l’école : primaire, collège, lycée, puis après Université ? Pourquoi est-il obligatoire d’apprendre les mathématiques, l’anglais, la biologie, la chimie… ?

La réponse la plus simple est que nous sommes amenés tout au long de ces études à mieux comprendre comment fonctionnent les humains, les conséquences de leur interaction, ce qui constitue la vie, les forces qui gouvernent le monde, les animaux… bref notre éducation est censée nous permettre de mieux cerner notre vie et donc de mieux nous outiller à affronter les difficultés, à connaître nos devoirs envers les autres, à renforcer notre caractère et à nous donner une plus grande clairvoyance générale.

De cette éducation devrait donc découler des citoyens modèles et donc une société beaucoup plus intelligente. En effet, ce n’est pas la société qui nous crée, mais bien la société qui est à l’image des citoyens. Pourtant plus j’y réfléchissais, moins je voyais autour de moi des citoyens modèles et une société encore plus intelligente. Au contraire, on aurait dit que tout allait de mal en pire dans la société dans laquelle j’évoluais.

Tous les jeunes de ma génération ne rêvaient que d’une seule chose, partir à l’étranger après leur baccalauréat, et ils étaient fort encouragés par leurs parents qui les poussaient à étudier, être les meilleurs, avoir d’excellentes notes et partir. Et en réalité si on étudie le système éducatif qui prévaut dans la plupart des pays africains aujourd’hui nous formons des petits français à la chaîne et il est normal qu’ils aient tous envie de partir dans d’autres pays.

Le système éducatif a un autre rôle important, qui est celui de renforcer le sentiment d’appartenance à une nation, a une culture, à une société. Malheureusement dans les pays africains, tout au long du primaire, du collège, du lycée, non seulement l’éducation donnée tend à détruire la considération de nos valeurs africaines, mais nous oblige à adopter d’autres valeurs. C’est ainsi qu’au cours primaire on a inventé le « signal », fait de divers objets vilains et bruyants (dents d’animaux, crânes, des cailloux perforés, des coquilles d’escargots, du fer, du verre…), arboré par les enfants incapables de bien parler le français, une langue venue d’ailleurs, cet objet était symbole de la honte à avoir de ne pas parler la langue d’un autre, tout en parlant trop la langue de vos parents. C’est ainsi que, petit à petit, on voit de jeunes enfants commencer à détester leur langue maternelle, locale, et à parler fièrement, avec le soutien de leurs parents, des enseignants et du système éducatif tout entier, une langue étrangère, véhiculant des valeurs, des savoirs, des savoir-être, des savoir-vivre venus d’ailleurs et toujours pas adaptés aux réalités locales.

Après le primaire, c’est l’arrivée au collège où une littérature toute étrangère, une culture et des perceptions du monde venues d’ailleurs, sont ingurgitées de force par les jeunes, arrivés normalement à un âge où on doit leur apprendre à développer leur propre perception du monde. Pire encore, on commence à enseigner à ces jeunes à avoir peur de faire des erreurs. Une erreur est sanctionnée par de mauvaises notes voire des coups assenés par un enseignant mal payé qui ne comprend pas pourquoi des petits s’ennuient à son cours et refusent de bûcher des leçons auxquelles eux-mêmes ne voient pas toujours l’intérêt.

Puis vient le lycée où la grande couche éducative est appliquée. Non seulement on enseigne aux jeunes adultes que la seule chose que leurs ancêtres aient jamais faite est d’être le berceau de l’humanité, et que durant le reste du temps, ils se sont fait enchaînés comme des animaux, battus, violés, volés, déportés pour devenir des esclaves dans un pays étranger. Ensuite on leur enseigne que ces pays ont finalement les meilleures cultures, traditions, sociétés, économies, politiques, environnement de vie sur la planète et que de l’autre côté eux (les africains) ont une société désorganisée.

Il est étonnant de voir comment plusieurs africains, connaissent et récitent avec fierté, l’histoire de la France, des Etats-Unis d’Amérique, du Japon et en savent si peu de leur propre histoire.

Je m’étonne sincèrement du fait que cela surprenne nos gouvernants que tous les jeunes n’aient qu’une ambition : partir dans ces pays qu’on leur a décrits et ne revenir que pour repartir.

A l’université, c’est finalement la débandade. Les meilleurs et les plus riches sont envoyés à l’étranger et font de leur mieux pour ne plus revenir, les moyens rentrent dans des cursus qui leur permettront d’être dans des professions libérales et deviennent des égoïstes tandis que les plus faibles et les plus pauvres passent leurs études supérieures dans des universités en faisant des formations théoriques qui ne leur serviront pas pour la plupart jusqu’à leur mort.

En résumé, les citoyens qui sont censés construire la nation sont frustrés parce qu’ils n’ont pas pu rejoindre les pays pour lesquels ils ont été formés, sont traités par d’autres frustrés qui n’en ont rien à cirer de la société dans laquelle ils sont et rêvent de ressembler à d’autres qui semblent vivre leur rêve, mais qui en réalité sont traités comme des citoyens de seconde zone dans les pays pour lesquels ils ont été réellement formés pour devenir citoyens.

En 2006, après mon baccalauréat, moi aussi je rêvais de partir pour l’étranger, loin de ce pays où il ne semblait avoir aucun espoir pour moi. Je rêvais de faire ma vie ailleurs, peu importe, du moment où ce n’était pas chez moi. Bien après, et à de nombreuses reprises dans ma vie d’adulte, j’ai eu envie de repartir. J’ai hérité finalement d’une bourse pour le Maroc et j’étais tout de même heureux. Dans les documents décrivant le Maroc, dans l’avion, le pays paraissait un eldorado. Puis je débarquai et je me rendis compte très rapidement que je n’étais pas chez moi.

Dès la semaine de notre arrivée au Maroc, plusieurs des nôtres se faisaient attaquer en pleine rue, devant des dizaines de personnes, qui étaient restées là sans réagir, tout ceci dans une société censée être en avance sur la mienne, sur le plan éducatif. C’était à n’y rien comprendre. Ce jour-là, n’eût été leur capacité à courir rapidement, nos deux camarades auraient été découpés en pleine rue dans une des plus grandes villes du monde. Comment était-ce possible ? Quelle éducation allait me donner ce pays ?

A la fin de mes études supérieures, je n’ai pas eu de regrets quand à peine une semaine après ma soutenance je prenais l’avion pour rentrer chez moi. Rien ne m’y attendait si ce n’était un pays où presque tout était à faire.

Je ne suis pas un afro-optimiste, le genre à croire que tout ira bien parce que je suis africain, non, mais je crois en tant il y a plus d’opportunités en Afrique que partout ailleurs et que tout n’est pas perdu, au contraire, nous sommes au début de notre histoire. Mais pour que les choses aillent dans le bon sens, nous devons revoir notre système éducatif, changer les choses, faire les choses différemment.

En plus aujourd’hui plus que jamais, nous avons toutes les raisons de vouloir prendre notre système éducatif, le toiletter et y intégrer de nouvelles matières, de nouveaux objectifs. Il nous suffit de regarder ce que l’éducation actuelle donne dans les pays qui sont nos modèles jusque-là. Des sociétés où l’humain n’a plus de considération pour l’humain, où la violence est omniprésente, où le chômage, les crises économiques et politiques font la une de l’actualité chaque jour. Si c’est cela pour nous des modèles de développement, alors c’est que nous ne sommes pas aveugles, mais nous ne voulons en fait rien voir et c’est pire qu’être aveugle.

L’un des rôles des entrepreneurs aujourd’hui c’est d’innover et cela doit commencer par l’éducation, depuis la base jusqu’à l’Université. Il faut réinventer un nouveau système éducatif, des outils beaucoup adéquats, plus efficaces. Les entrepreneurs ont un réel travail à faire dans ce domaine surtout qu’il leur est donné carte blanche pour cela. Les gouvernants eux-mêmes se cherchent et chaque solution pouvant leur permettre d’impacter la société, de leur donner l’impression d’avoir été utile au changement est plébiscitée à chaque coin de rue.

J’ai moi aussi ma vision de la chose, de comment réinventer cette éducation et je me permets de la partager avec vous, non pas parce que c’est la meilleure qui soit, mais parce que le partage enrichit et qu’ensemble nous pourrons réfléchir à son amélioration ou à son rejet. Peu importe, l’essentiel est que cela donne des idées à quelqu’un, puis à quelqu’un d’autre, ainsi de suite, jusqu’à ce que cela devienne un jour l’idée dont personne ne connait l’origine mais qui, après amélioration, est devenue le système éducatif qui aura fait passer le continent africain à un autre niveau.

Le nouveau système éducatif tel que je le vois se présentera comme suit dans les grandes lignes :

  • Une nouvelle forme d’éducation pré-universitaire

Le système éducatif est obligatoire et mixte dans les écoles que les élèves fréquentent entre cinq et dix-huit ans. C’est l’âge auquel un système éducatif est encore capable de transformer, d’influer sur un individu, de le transformer, de le modeler et il est normal à ces âges qu’une éducation obligatoire soit instaurée.

Durant cette phase éducative, trois étapes peuvent être distinguées suivant l’âge des apprenants. De la maternelle jusqu’à sept ans, tout doit être élaboré de manière à ce que l’enfant ait des modèles sur lesquels se portent ses yeux, où qu’il soit. Je me rappelle qu’à cet âge, nos jeux favoris étaient de jouer à papa et maman et ceci dans les moindres détails ou à l’élève et au professeur. Les parents ne se rendent pas toujours compte de l’impression forte qu’ils donnent à leurs enfants durant cette période et qu’eux de leur côté n’ont qu’une seule ambition, imiter leurs parents ou leurs enseignants. Ayez de mauvais modèles autour des enfants durant cette période, et vous aurez des enfants qui ressemblent à s’y méprendre à ces modèles. Les enfants sont généralement à l’image de ceux qui leur enseignent durant la période de 0 à 7 ans, raison pour laquelle, il est primordial, si nous espérons créer une société exemplaire ainsi que des citoyens de haute valeur, de nous assurer que durant cette période nos enfants sont en contact avec les meilleurs enseignants possibles.

Les seuls souvenirs d’enfance, que je n’oublierai sans doute jamais, c’est cette maîtresse qui en classe (de CP1 au CE1, donc entre 4 et 7 ans) nous terrorisait. Elle arrivait en classe avec une mine patibulaire, sortait une pommade au menthol de son sac, et après avoir massé ces triceps et biceps, prenait son bâton ou sa chicotte et nous étions sûrs que la journée allait être difficile. Un jour, alors que c’était au tour de ma rangée de classe (il y avait généralement trois ou quatre rangées) de balayer la classe et la cours de l’établissement, nous avions plutôt passé notre matinée à jouer et à courir dans tous les sens. Elle arriva et toute la matinée passa ses nerfs sur nous pauvres petits enfants. Nous ne comprenions jamais pourquoi elle était de si mauvaise humeur et pour nous, venir à l’école le matin, ou rentrer en classe après la récréation signifiait généralement aller dans une prison où régnait la violence, sans que nous n’ayons ni la force ni la possibilité de nous défendre.

A un âge où l’enfant devrait apprendre à développer sa capacité de création et d’innovation, on était forcé sous la menace du bâton et des coups parfois violents, à bûcher, à réciter, à être de simples perroquets. Cela ne devrait étonner personne que le taux d’abandon dans les zones rurales, où les enfants étaient déjà habitués à une certaine liberté, avant de rejoindre les bancs d’écoles, soit si élevé. La plupart des enfants du primaire, voire de la maternelle vont en classe chaque matin parce que leurs parents les y obligent. La seule chose qu’ils finissent par se dire, c’est qu’ils reverront leurs amis et qu’il y aura la récréation. Petit-à-petit, les parents prennent également sur eux de forcer ces jeunes enfants à ingurgiter de force des connaissances qui n’ont aucun écho en eux, qui ne touche aucune de leur sensibilité, qui n’évoque aucune émotion et finalement on catalogue certains enfants comme étant tarés parce qu’ils n’arrivent pas à retenir tout cela et à le régurgiter comme de bons petits soldats.

Notre système éducatif doit changer, et durant cette phase cruciale qu’est la vie d’un enfant, des systèmes beaucoup plus adaptés doivent être mis en place pour que les enfants exercent leur sens de la créativité, plutôt que d’avaler des enseignements tous cuits, l’accent doit être mis sur l’harmonie des couleurs, des musiques douces, intéressantes et ayant un fond éducatif, des activités ludiques et des sorties qui permettent aux enfants de découvrir la nature, sans qu’on leur demande de comprendre déjà totalement l’environnement qui les entoure.

C’est également au cours de cette période que le canal d’expression et de communication le plus adapté est acquis par l’enfant. Il est terrible de constater que jusque-là, les langues maternelles, langues que l’enfant a pris un temps fou pour balbutier, enrichir, maîtriser, soit brusquement déclaré comme une langue qui mérite un signal stop. Un enfant qui a eu ses premières sensations d’appartenance à une communauté, ce sentiment que les parents sont fiers du fait qu’il prononce certains mots, qu’il comprenne ce qu’ils disent, brusquement et en moins d’une semaine, avec le début des classes, les tatas du primaire lui expliquent qu’il s’agit d’une mauvaise langue et que qu’il est dans un établissement privilégié et que désormais il faut parler le français, l’allemand, l’anglais…des langues que parfois il n’a jamais entendu ses parents piper mot.

Tout à coup, quelque chose change. Primo tu te dis que tes parents ne sont pas aussi compétents que tu le croyais et de deux que ta langue maternelle n’est sans doute pas le meilleur véhicule de communication qui puisse exister. On voit alors des enfants revenir fièrement à la maison et bientôt ne parler que la langue des colonisateurs, suivis bientôt par des parents qui tant bien que mal essaient de suivre ce nouveau challenge. Aujourd’hui, il serait impossible de laisser tomber ou carrément suicidaire de ne pas étudier certaines langues internationales, mais il est encore plus suicidaire de ne pas étudier nos langues locales, car ces langues sont le creuset de savoirs, savoir-faire, savoir-être qui sont en train de disparaître, remplacées par des coutumes qui ne correspondent pas à notre environnement, qui ne sont pas en adéquation avec l’Être que nous sommes, et nous nous retrouvons dans des sociétés où l’égoïsme, l’irrespect, l’intolérance, la violence sont en train de devenir monnaie courante. Ce n’est pourtant pas la connaissance du langage des autres qui nous permet de compter, d’écrire, de garder des connaissances, de comprendre le monde, d’acquérir le savoir, des compétences. Toutes ces choses existaient déjà en l’absence du français, de l’anglais, du chinois etc… Nos langues locales véhiculent même souvent des concepts que les autres langues dépouillées et simplifiées ne peuvent saisir.

Il est temps qu’une grande place soit redonnée à une ou plusieurs langues locales dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Aujourd’hui nous devons grâce aux outils modernes, décortiquer nos langues, transcrire certaines de nos histoires dans des livres, utiliser l’alphabet grec et romain s’il le faut pour diffuser certains concepts locaux et surtout les enseigner génération après génération à nos enfants. Il faut qu’on arrête d’éduquer des français ou des anglais en pensant que ce sont des africains.

Que ce soit la reformulation du moule éducatif, les outils de travail, les activités, tout cela doit être conçu et développé et des entrepreneurs doivent y consacrer leurs talents pour proposer aux systèmes éducatifs des matériaux de travail.

De sept ans à quatorze ans, période au cours de laquelle l’élève passe aux classes supérieures du primaire et au collège, les leçons peuvent maintenant commencer. Qui dit leçon, dit, comme le stipule son sens originel, qu’il y a quelque chose de sacrée, une autorité à respecter. Cela signifie donc que les enseignants doivent réellement comprendre ce qu’ils donnent comme enseignement, être sûrs de la vérité qui est contenue et pouvoir la démontrer. De toute ma vie d’élève et d’étudiant, j’ai toujours eu une sainte horreur des enseignants incapables de répondre simplement et clairement à une question liée à la leçon qu’ils étaient en train de donner. Cela cassait en moi quelque chose, ce lien sacré censé exister entre l’élève et le maître. Il est vrai que l’enseignant ne peut tout connaître, néanmoins, il doit toujours être à même, s’il est dépassé, de fournir une source fiable à laquelle les élèves peuvent se tourner et non imposer son avis, même s’il est apparemment dans l’erreur.

L’histoire, la géographie, la technologie, les sciences de la vie, entre autres, doivent être enseignées, tout en les réadaptant à nos contextes de vie. Nos manuels scolaires ont été formulés durant la colonisation et ont à peine évolué depuis lors, gardant en leur sein des contenus qui ont des relents de sous-développement. Au moment où on enseigne à l’enfant de l’autre côté à élaborer son premier hélicoptère faisant appel aux fondamentaux de l’énergie, à l’aérodynamisme, à la maîtrise et la domination de son environnement… les élèves africains apprennent qu’un certain Abalo et Afi vont cueillir des mangues ou qu’ils se sont fait attaquer par des singes en allant aux cours ou encore qu’ils se sont blessés en cultivant avec des houes aux fers rouillés.

Cela continuera au collège avec un accent particulier sur l’histoire des pays colonisateurs qui ont dominé leurs parents, les ont faits esclaves et ont finalement accepté de les libérer sous des conditions aliénantes.

La majorité des adultes désabusés se forme à cet âge, à cause d’un adulte qui l’a trompé, qui ne connaissait pas quelque chose ou qui a perdu l’estime que cet enfant lui donnait.

Je me rappelle surtout deux évènements qui m’ont marqué quand j’avais sept ou huit ans. Nous étions partis un jour chez un grand oncle. Il habitait une immense maison et ses enfants ne manquaient de rien. Ils avaient les meilleurs jouets qu’ils voulaient, des vélos, des ballons, différents jeux de lego… Un jour, alors que nous étions chez l’oncle et qu’il apprit que je venais à peine de fêter mon anniversaire, il me promit de m’acheter un beau ballon. Les jours passèrent, je n’avais rien, alors que j’en rêvais furieusement. Je dérangeais tout le temps mon père afin qu’il rappelle à l’oncle sa promesse. Je n’eus jamais mon ballon et en plus, mon père me gronda d’être trop insistant au point de passer pour un quémandeur.

Je conclus une fois pour toutes que les adultes ne tiennent jamais promesse.

La deuxième chose, qui changea mon enfance, était quand je compris que mon père ne connaissait pas tout et qu’en plus il pouvait me mentir, quand il ne savait pas quelque chose. Je lui avais demandé après une lecture, ce que signifiait le mot « slalomer », non seulement, je vis à son visage qu’il n’avait jamais entendu ce mot, mais en plus, quand je fis des recherches dans le dictionnaire bien après, je me rendis compte que ses essais d’explication étaient totalement faux.

Nos parents sont nos premiers enseignants, qui nous confient à d’autres qui sont payés pour cela les autres jours. Si aucun outil n’est développé pour permettre à ces deux catégories d’éducateurs d’être à la hauteur de leur tâche, jour et nuit et durant ces premiers âges, nous continuerons à construire des adultes frustrés.

Il est donc important que ceux qui décident de devenir des parents reçoivent eux-mêmes d’abord une éducation officielle dans ce sens. Il est obligatoire, aussi bien pour les pères que pour les mères, d’assister aux cours périodiques des écoles de puériculture pour parents. Les enfants restent légalement soumis à leurs parents jusqu’à l’âge de quinze ans, où ils reçoivent leur première initiation aux responsabilités civiques. Ensuite, tous les cinq ans et durant cinq périodes successives, des exercices similaires ont lieu pour les groupes de même âge. Les obligations vis-à-vis des parents y sont chaque fois diminuées, tandis que de nouvelles responsabilités civiques et sociales envers la communauté sont assumées.

Toute l’éducation sexuelle est donnée à la maison par les parents ou les gardiens légaux. L’instruction morale est offerte par des maitres pendant les périodes de repos dans les ateliers-écoles, mais il n’en va pas de même pour l’éducation religieuse. Celle-ci est le privilège exclusif des parents, car la religion fait partie intégrante de la vie de famille. L’instruction religieuse n’est donnée publiquement que dans les écoles de philosophie ou dans les églises.

Il n’est permis à personne d’ouvrir une église ou un centre religieux s’il n’est passé par une des écoles de philosophie de l’état et les pasteurs doivent forcément avoir un emploi, en dehors de leurs activités religieuses.

Mise en place d’un corps spécial d’examinateurs et conseillers qui visiteront périodiquement chaque famille pour examiner les enfants et vérifier qu’ils ont été convenablement instruits par leurs parents. Ils seront placés sous la supervision du gouvernement.

Alors que le primaire est axé sur le développement personnel de l’enfant, la sociabilité, l’harmonie avec l’environnement externe, l’art, la beauté, la sensibilité, l’étude des langues, le collège est orienté vers la compréhension des choses, le développement des compétences à résoudre un problème, à avoir un esprit capable de jugement, à communiquer clairement et tout ceci dans une grande discipline.

L’accent est mis très tôt sur la poursuite d’une branche à la fois dès le collège. Il est important que dès le collège, les jeunes soient conduits à choisir un domaine dans lequel évoluer. Orientation, tel doit être le mot d’ordre. Alors l’objectif n’est pas d’imposer une filière à un jeune, mais de le guider à sélectionner celle qui lui correspond le plus, suivant les besoins de sa communauté. La plupart de ceux que je rencontre et qui veulent se lancer dans un projet d’entreprise, leur problème n’est pas qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent faire comme projet, mais ils ont trop de choix à faire à partir d’un moment et ne savent plus finalement à quel projet se consacrer et passent donc des années à hésiter et à tourner en rond.

Les meilleurs élèves pourront, après, avoir l’opportunité de choisir d’autres filières s’ils finissent brillamment les matières des filières choisies dès la base.

Pour la plupart des parents, le choix de la filière dans laquelle diriger leurs enfants se posent déjà dès le collège et les entrepreneurs devraient développer des outils efficaces pour diriger les parents, les guider, ainsi que les élèves, à faire le meilleur choix possible et le plus tôt serait le mieux.

L’une des choses que j’ai découvertes quand j’ai commencé à enseigner est que la meilleure manière de s’assurer qu’un étudiant a bien assimilé une connaissance est de le pousser à l’enseigner à d’autres. Aussi tous les élèves doivent devenir périodiquement des instituteurs adjoints pour instruire ceux qui en savent moins qu’eux, soit dans les classes inférieures ou égales.

Des ateliers-écoles et des fermes-écoles permettront aux élèves de mettre en pratique leurs connaissances et donc il y aura au-delà de la théorie des cours pratiques tout le temps. Je pense que tout cela n’est pas si nouveau et plusieurs pays l’expérimentent déjà avec de grands résultats. Il n’est pas obligatoire que ce soit un projet mené forcément par les gouvernements. Des entrepreneurs peuvent développer des fermes-écoles et des ateliers de pratique pour les établissements scolaires et être rémunérés par l’Etat ou les établissements, mais c’est à nos Etats d’intégrer cela comme étant une structure obligatoire dans le système éducatif de nos pays.

Au lycée, les enseignants doivent comprendre qu’obliger les élèves à faire quelque chose ne sert plus à rien, ils doivent devenir des conseillers et non continuer à être des donneurs de leçons. Et il n’y a meilleur conseiller que ceux qui ont déjà fait des expériences et ont réussi ces expériences ou en ont tiré des leçons de croissance.

Durant toute ma période de lycée, j’ai eu à rencontrer trop de « profs » frustrés. Je me rappelle ce jeune enseignant de mathématiques qui passait toutes ses heures à nous parler de sa jolie fiancée, qu’il allait bientôt épouser et qui le trompa juste avant la fin de l’année. Il devint rapidement geignard et finit par ne plus représenter d’intérêt pour nous. Il y avait également l’enseignant de physique qui était un coureur de jupon connu et reconnu. L’enseignant de français était un soulard qui nous soufflait durant les cours des effluves amères, et qui prenait un malin plaisir à se rapprocher autant que possible de votre nez, avant de donner fièrement le nom d’un auteur africain ou français mort depuis des générations. Je fus toujours surpris du fait qu’au lycée la plupart des enseignants étaient beaucoup plus frustrés qu’au collège. Au collège je me rappelais surtout les enseignants comme étant plutôt nerveux, toutefois ils étaient, pour la majorité, vieux et expérimentés. Ils s’énervaient pour un rien, pourtant ils maîtrisaient leurs cours et leur classe. Au lycée, mes enseignants étaient plutôt jeunes, intelligents, mais ne paraissaient pas contents de la vie qu’ils menaient, en plus d’être inexpérimentés. J’appris juste après mon départ du lycée que mon enseignant de physique avait engrossé une jeune collégienne et qu’il était devenu un vrai alcoolique. Il n’est pas normal qu’à la veille de rentrer dans une vie d’indépendance morale, durant laquelle la personnalité individuelle s’affirme, que des enseignants apparemment perdus, soient imposés aux jeunes. Un âge où les jeunes sont à la recherche de mentors, de conseillers, ils se retrouvent avec des enseignants immatures, instables, incapables eux-mêmes de prendre une décision franche et d’assumer les choix de leur vie.

Les adolescents se retrouvent piégés entre des parents qui n’acceptent ni ne comprennent ce changement de personnalité, ou leur disent tout le temps que cela passera (c’est parfois plus énervant quand les parents jouent aux compréhensifs, à ceux qui ont vécu tout cela et vous donnent encore quelques jours pour comprendre) et des enseignants qui ne sont pas du tout les meilleurs conseillers au monde.

Il y a encore nombre de défis à relever à ce niveau. Développer des conseillers éducatifs auxquels les adolescents pourraient se confier si nécessaire. Des adultes ou des jeunes qui connaissent leur travail et ont de l’expérience. Ayant fréquenté un lycée marianiste et un lycée classique, je pense qu’être dans un environnement religieux ou pas ne change pas grand-chose, ce sont les enseignants qui doivent être mieux accompagnés pour mieux servir leurs élèves. Les parents doivent également trouver le meilleur canal ou conseil pour se connecter à leurs adolescents qui sont en train de changer. Aujourd’hui en Afrique, les choses sont encore plus compliquées pour de jeunes adolescents coincés entre une société gérontocratique, au sein de laquelle il n’y a que des devoirs et une société en modernisation dans laquelle les droits des enfants sont criés à tort et à travers sur tous les canaux, sans coller aux réalités sociales, éducatives et historiques des communautés locales.

Pendant toute la période éducative, on enseigne obligatoirement l’agriculture dans les fermes contiguës à chaque école. Faire manger les gens doit être la base de nos économies et non créer des entreprises qui produisent des matières premières et d’autres produits qui doivent être vendus à d’autres, avoir de l’argent, avant de racheter des produits issus de la transformation agroalimentaire d’entreprises étrangères. L’agriculture doit être enseignée aux jeunes dès le bas âge, et si nécessaire déjà au collège, chaque élève doit avoir son petit jardin, qu’il exploite sous le suivi des enseignants. Une partie de ces productions peuvent revenir aux élèves et leurs parents, tandis que l’école peut racheter une autre partie et permettre ainsi aux élèves d’apprendre déjà à créer de la valeur et de la richesse.

Un quart du temps à l’école est consacré aux jeux et aux compétitions athlétiques. Les jeux développent le sens de la compétition et le sport construit des sportifs, des jeunes en bonne santé et résistants. De bonnes habitudes et une vie hygiénique va souvent de pair avec des activités sportives et des jeux de groupe.

L’objet principal de l’éducation au niveau pré-universitaire consistera à faire de chaque élève un citoyen capable de créer de la valeur, d’apprendre à gagner sa vie et non juste accumuler du savoir et des connaissances. Les entreprises privées ou publiques doivent intervenir dans le système éducatif. Elles doivent pouvoir déjà former leurs employés ou éduquer des jeunes entrepreneurs à même d’innover pour que le tissu socioéconomique évolue. Cela va dans l’intérêt de tout le monde. Des entreprises figées qui n’arrivent pas à s’adapter ont tôt fait de mourir si elles n’arrivent pas à créer des entrepreneurs qui leur permettent de continuer le cycle d’évolution ou des employés innovants et non des employés robots. L’Etat y gagne parce que l’économie des communautés se maintient et le pays est stable, les parents ont l’assurance que leurs enfants auront des emplois dès la fin de leurs études et les étudiants sont confiants de savoir que des entreprises s’intéressent déjà à eux.

Comment faire en sorte que les entreprises puissent s’impliquer très tôt dans l’éducation des citoyens tout en y gagnant n’est pas chose aisée mais cela doit être un sujet assez sérieux pour que l’Etat, les entreprises déjà installées et les jeunes innovateurs puissent y réfléchir.

Lorsque j’écrivais ce livre, j’avais assisté durant un séminaire, où il y avait des entreprises déjà installées, des centres d’accompagnement de jeunes et femmes futurs entrepreneurs et des universités et écoles, à une situation des plus intéressantes. Les Universités avaient rassemblé toutes ces personnes en vue de réfléchir à comment les entreprises et les centres de formation pourraient accompagner leurs jeunes étudiants à devenir eux-mêmes des entrepreneurs. Durant les débats et durant les pauses, toutes les discussions finirent par tourner autour de ce que les entreprises auraient à gagner en aidant les universités à former de futurs entrepreneurs, de futurs concurrents… et question posée aux organisateurs, ceux-ci avouèrent qu’ils n’avaient pas vraiment réfléchi à la situation et qu’ils attendaient la proposition des entreprises. Très vite un groupe se forma et qui tint mordicus à ce que les Universités puissent demander à l’Etat des réductions d’impôts ou des facilités fiscales. Les organisateurs paraissaient totalement perdus et ne savaient plus quoi faire. Presque aucune des entreprises présentes ne voyait au-delà des questions fiscales comme seul intérêt, alors que la question liée à la performance de ces entreprises dans les cinq à dix années à venir, voire même dans le présent, devrait se poser.

Aujourd’hui la plupart des entreprises africaines perdent des millions de dollars et un temps fou pour rééduquer leurs employés. En effet, bien qu’ayant passé plus de deux décennies sur les bancs des écoles, parfois des plus prestigieuses, ces jeunes fraîchement débarqués sur le marché de l’emploi ne correspondent aucunement aux besoins des entreprises locales, parce qu’ils ont des diplômes inadaptés aux besoins du terrain, des formations en grande partie théorique ou des valorisations que les entreprises ne peuvent se permettre de respecter.

La plupart des entreprises doivent donc reprendre plusieurs mois pour reformer ces jeunes, alors qu’ils pourraient le faire dès la base. L’état, les entreprises et les nouveaux entrepreneurs doivent comprendre qu’il y a là une vraie opportunité à saisir, faire le pont entre le système éducatif étatique et le monde du travail ou les besoins économiques.

Tous les élèves qui sortent diplômés du système scolaire pré-universitaire à dix-huit ans doivent être des artisans habiles dans un domaine donné, qui a trait à des besoins identifiés, en plus de l’agriculture, et peuvent déjà lancer leur propre entreprise ou travailler dans les entreprises étatiques.

Déjà des projets, comme Charly, réfléchissent à comment faire ce pont, au travers d’un programme mi-humain et mi-intelligence artificielle, permettant aux jeunes non seulement de choisir eux-mêmes leur parcours éducatif, en se basant sur des données personnalisées les amenant à la découverte du marché du travail. Charly[1] va beaucoup plus loin, car son côté intelligence artificielle lui permet d’être au service d’un grand nombre de jeunes, tout en étant un conseiller personnel pour chaque jeune.

Le coût de l’éducation sur le plan des ressources humaines, matérielles et financières va aller en diminuant. L’école ne sera plus désormais un « lieu » où se rassembleront les étudiants, plutôt un concept d’acquisition de connaissances et de compétences. Tout ceci est possible grâce à l’évolution technologique. Les enseignants ne seront plus dorénavant le creuset du savoir, juste des mentors. Les élèves auront de plus en plus accès à des outils pédagogiques simples et efficaces, qui leur permettront d’avoir la possibilité de suivre des cours où qu’ils se trouvent. Il s’agira d’un défi à relever pour les entrepreneurs africains. Pouvoir diffuser le savoir, le rendre accessible et efficace, en se passant progressivement des structures lourdes et administratives qui sont aujourd’hui un frein à l’éducation dans plusieurs zones rurales du monde.

Des algorithmes comme ceux de l’intelligence artificielle Lalilo (http://www.lalilo.fr/) permettront aux enseignants de mieux enseigner, aux parents d’élèves de suivre l’enseignement donné à leurs enfants et aux élèves d’avoir accès à des connaissances du monde entier et les meilleures à des coûts de plus en plus réduits.

Les enseignants peuvent faire des cours quel que soit l’endroit, il suffira pour cela de disposer d’outils de projections, qui vont dématérialiser le processus d’enseignement et permettre de faire des études où qu’on se trouve. Les élèves auront la possibilité de se déplacer virtuellement dans des laboratoires aux quatre coins du monde et de faire des expériences de réalité virtuelle. La technologie est déjà développée, il suffirait de l’adapter et de la rendre accessible au plus grand nombre. La compagnie Labster (https://www.labster.com/) propose déjà une solution fort intéressante dans le domaine grâce à ses casques de réalité virtuelle qui, en utilisant des simulations interactives, basées sur des algorithmes mathématiques, permet aux étudiants de manipuler du matériel de laboratoire en immersion 3D, de faire des travaux pratiques en ayant l’impression d’être dans un vrai laboratoire. Plus intéressant encore, ils peuvent travailler à plusieurs avec des avatars comme dans un jeu, et être même rejoint par leur enseignant ou tout enseignant. Les applications sont tout simplement énormes. Plus besoin d’investir des milliards dans du matériel qu’on n’aurait peur d’utiliser ou qui une fois gâté n’est plus réparé, possibilité d’installer des laboratoires virtuels dans les localités les plus reculées du monde, sans gros investissement, possibilité de travailler sans danger sur presque toutes les thématiques, de faire des manipulations scientifiques de tout genre sans mettre en danger la vie humaine, voire animale. Les étudiants ne passeraient à la pratique qu’une fois qu’ils auraient vraiment maîtrisé les laboratoires virtuels. Même dans les jardins d’enfants il serait possible d’installer des laboratoires bien équipés.

Les prochaines avancées de cette technologie seraient de quitter le casque de réalité augmentée pour débarquer dans la réalité. En d’autres termes le virtuel serait projeté dans l’espace ambiant, comme dans le laboratoire de Iron Man. Ce serait un peu dangereux d’avoir dix ou trente jeunes dans une même salle, casque sur les yeux en train de se déplacer à l’aveugle.

Les jeunes entrepreneurs doivent réfléchir vers là, au lieu que chaque projet dit innovant aujourd’hui se tourne vers les MOOCs (à définir en français ou anglais), alors qu’ils sont déjà largement dépassés.

Dans cet environnement des plus technologiques et connectés, il est vital que les enseignants s’adaptent, au risque d’être remplacés. L’enseignant de demain doit être à même de maîtriser ces technologies déjà au niveau primaire. Croire que les jeunes seront coupés des réseaux virtuels, de l’information à haut débit, ou que leurs parents les empêcheront définitivement de se connecter, serait une erreur et surement impossible. Il faudrait au contraire les motiver à apprendre à se servir très tôt de ces outils, et à les utiliser dans les meilleures conditions.

Imaginez une classe en plein milieu d’un village, mais dont les murs et les laboratoires sont totalement dématérialisés. L’expérience sera aussi vivante que si les élèves étaient dans une classe réelle faite de murs de briques. Le challenge n’est pas véritablement au niveau du développement de ces technologies, mais dans le fait que ces technologies ne soient pas développées dans un but purement lucratif, et soient conçues dès la base pour servir les communautés. Il doit être possible grâce à un ordinateur, des algorithmes et des effets spéciaux, d’immerger des apprenants dans des expériences qui font appel à tous leurs sens, toucher, visuel, olfactif… sans que l’on puisse faire la différence entre ce qui est réel ou virtuel. Et cette démarcation ira en se rétrécissant.

L’accès à des informations fiables et utiles sera également l’un des défis à relever par les entrepreneurs de demain. Tout d’abord, les outils de transfert de données deviendront moins lourds dans les années à venir. L’un des moyens les plus efficaces selon mon humble avis sera le transfert par la lumière. L’internet de demain ne sera pas basé sur les ondes électromagnétiques, mais en grande partie sur la lumière. L’intérêt est qu’il ne sera plus nécessaire d’avoir de lourdes installations pour partager et se connecter au réseau internet. Une simple ampoule électrique serait suffisante pour ce faire. Comme précédemment, la technologie est déjà en développement, encore balbutiante, et donc une opportunité pour les entrepreneurs de l’améliorer et de la rendre accessible.

Connue aujourd’hui sous le nom LiFi, cette technologie sera dans l’avenir un support essentiel dans le partage des données. Plus économe en ressources matérielles et financières, le LiFi devrait également permettre de transférer des informations à la vitesse de la lumière, qui plus est des données beaucoup plus lourdes mais en un temps record. En d’autres termes, les problèmes liés à la vitesse de transfert et qui empêchent aujourd’hui plusieurs pays de bénéficier de cette manne qui est l’information, seront réglés. En outre le coût de développement et de diffusion des bornes d’accès aux données, qui ne sont en définitive que de petites ampoules comme on en trouve dans nos villages, va diminuer. Il est vrai que cela entrainera la disparition de certaines entreprises, malgré tout il y a tant à faire que ces entreprises vont obligatoirement muter ou s’adapter aux nouveaux besoins du marché.

L’accès à toutes ces technologies éducatives se fera avec l’accroissement des technologies de production d’une énergie propre et durable et nous verrons certaines de ces technologies dans un autre chapitre.

  • Les études supérieures

Après les études secondaires, commencent les études supérieures et la recherche des connaissances spécialisées, dans les universités, et autres écoles. Elles ne sont pas obligatoires pour trouver des emplois décents et la majorité des étudiants sont déjà entrepreneurs ou fonctionnaires. Les études pré-universitaires sont destinées à former des citoyens capables, tandis que les études supérieures sont plus destinées à acquérir des connaissances spéciales et à devenir des entrepreneurs ou mieux des propriétaires d’entreprises.

En plus du programme fondamental d’instruction obligatoire entre les âges de cinq ans et de dix-huit ans, on entretient les écoles spéciales suivantes :

Les écoles d’administration. Elles se divisent en trois classes: les écoles locales, régionales et celles nationales. Pour diriger au niveau national, il faut avoir les diplômes des écoles nationales et régionales. Les candidats aux postes régionaux doivent avoir les diplômes d’administration régionale et locale. Les postes au niveau local n’ont besoin que des diplômes d’administration locale.

Les écoles d’art et de philosophie. Le but des philosophies, de l’art et des religions est de donner une vision élargie des priorités cosmiques, de la beauté et de la foi. Un état où tous les individus sont dans des fonctions purement lucratives n’évolue pas, il s’agit donc d’un domaine à ne pas négliger.

Les Instituts scientifiques. Ces écoles techniques sont coordonnées avec l’industrie plutôt qu’avec le système éducatif. La recherche scientifique, source de l’innovation, a pour objectif principal le développement des techniques et des technologies et non l’accumulation d’un savoir théorique. Ces instituts doivent être la source du développement socio-économique.

A ce niveau l’idée n’est pas de faire de la recherche théorique, mais de la recherche appliquée avant tout. Chaque recherche doit déboucher sur un projet d’entreprise ou être appliquée dans une des entreprises nationales. Les privés peuvent faire de la recherche théorique, mais les ressources de l’Etat ne serviront qu’à financer des recherches devant déboucher sur des applications dans la vie de la communauté et non juste pour faire des publications.

Les écoles de formation professionnelle. Ces institutions spéciales procurent la formation technique pour les diverses professions libérales.

Les écoles militaires et navales. Elles se consacrent à l’instruction militaire des citoyens volontaires âgés de dix-huit à trente ans. Les cours suivis par ces officiers sont obligatoirement liés à la maitrise d’un métier ou d’une profession. L’instruction militaire n’est jamais donnée sans que l’on y associe cette éducation industrielle, scientifique ou professionnelle. Les militaires ont ainsi la capacité de travailler dans n’importe quelle industrie étatique ou privée et ne sont mobilisés qu’en période de troubles. En période de paix, ces militaires doivent être productifs avoir leur emploi ou gérer leur entreprise et ne sont mobilisés que lors des moments de troubles ou périodiquement pour servir sur des missions ponctuelles. Mais être un militaire ne sera plus un emploi à plein temps.

 

  • Les déficients mentaux

On apprend aux déficients mentaux l’agriculture et l’élevage, dans des colonies et centres spécialisés. L’idée étant de leur donner la possibilité de servir et de se sentir utile, voire de créer de la richesse, plusieurs de ces « déficients » étant très créatifs.

  • Les élèves brillants

Quand un brillant élève achève son travail en avance sur le programme, on lui accorde en récompense le temps et les moyens d’exécuter un projet de son invention, qui lui est cher.

  • Les enseignants

Le système éducatif basé sur l’obligation des élèves des classes supérieures de revenir enseigner durant un certain temps aux classes inférieures permet de former des enseignants capables à tous les niveaux. De plus, la direction de l’école est une réplique du gouvernement national avec ses trois branches en corrélation.

Le personnel enseignant opère à titre consultatif comme la troisième division législative.

Tout ce système éducatif est prévu pour éduquer l’individu d’une manière appropriée et créer des citoyens aptes à relever les défis à tous les niveaux de la société.

Suivant des études menées entre 2007 et 2010, sur les systèmes éducatifs les plus performants au monde, il en est ressorti que la qualité d’un système éducatif ne peut excéder celle des membres de son corps enseignant… (Gautier et al., 2014)

« Barber et Mourshed (2007) indiquent qu’en dépit de leurs différences importantes, les systèmes éducatifs performants mettent tous l’accent sur l’amélioration de l’enseignement sur le terrain. Plus particulièrement, ils font ressortir trois éléments essentiels : d’abord, les meilleurs systèmes scolaires incitent les personnes les plus compétentes à devenir enseignants; ensuite, ils leur offrent une formation de qualité; enfin, ils s’assurent que chaque élève puisse recevoir le meilleur enseignement possible, car la performance globale du système dépend en fin de compte de la réussite de chaque élève. Il semble donc que la différence entre la réussite et l’échec d’une réforme dépende de ces trois facteurs reliés à celui qui est l’acteur de première ligne : l’enseignant. En fait, la qualité d’un système scolaire ne peut excéder celle des membres de son corps enseignant qui, dans leurs salles de classe, mobilisent des stratégies pour améliorer la performance de leurs élèves. »

 

En outre les systèmes éducatifs qui ont su s’améliorer ont tous misé sur l’amélioration des approches pédagogiques et les systèmes de transmission du savoir aux étudiants et du savoir-faire entre enseignants (Gautier et al., 2014) :

« Les réformes menées par les systèmes éducatifs qui sont passés du niveau « bon » à celui « très bon » ont activé principalement des leviers comme le renforcement des approches pédagogiques et la transmission de ces savoir-faire entre les enseignants (Mourshed et al., 2010). Ainsi, pour des systèmes ayant une bonne performance et qui veulent progresser, la priorité serait donc de renforcer les approches et les pratiques pédagogiques, à travers en particulier : l’accompagnement des jeunes enseignants sur le terrain par leurs collègues expérimentés, une préparation plus systématique des cours en commun, le partage des bonnes pratiques au sein de l’établissement et au-delà, sous l’égide du chef d’établissement. »

 

Les deux études ont montré que tous les systèmes peuvent progresser et ceci passe par « la formation initiale des enseignants; l’évaluation des élèves; l’utilisation d’indicateurs de performance pour mesurer les progrès, au niveau des élèves comme des établissements, et allouer les moyens en conséquence; l’adaptation des programmes d’enseignement aux besoins d’un pays; la motivation des enseignants par un système de rémunération valorisant; le développement des compétences d’enseignement des professeurs et des compétences de management des chefs d’établissement, et enfin la clarté et la pérennité de la politique éducative. (Mourshed et al., 2010, p. 4) ».[2]

[1] https://hello-charly.com/)

[2] Barber, M. et Mourshed, M. (2007). Les clés du succès de systèmes scolaires les plus performants. New York, NY : McKinsey and Co.

Mourshed, M., Chijioke, C. et Barber, M. (2010). Les clés de l’amélioration des systèmes scolaires. Comment passer de bon à très bon ? New York, NY : McKinsey and Co.

Gauthier, C. et Tagne, G. (2014). À propos de la performance des systèmes éducatifs et de leur amélioration. Formation et profession, 22(2), 74-77.

 

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