GAMALIEL

Dans le cadre de l’appel à texte « Ecrits confinés », aujourd’hui nous partageons avec vous le texte dénommé « GAMALIEL » de Dan ADZEODA

L’auteur : ADZEODA Kossi Atekana Dan. 20 ans, étudiant en troisième année au département d’allemand de l’Université de Lomé. La musique et la littérature constituent sa passion.

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GAMALIEL

GAMALIEL

Dans un royaume du nom de Messifa, il existait un roi dénommé Gamaliel. Il était un jeune homme beau, élancé, avec des cheveux de soie et passait pour le plus fortuné de tous les rois de son temps. Fort et puissant dans les combats, il ne cessait d’éliminer ses ennemis. Ce qui faisait que même les embryons, aussi virtuels qu’ils aient-ils été, réclamaient ce nom depuis le sein de leurs mères. Ce qu’on enviait, au-delà de toutes ces considérations, chez lui, était son entourage. Gamaliel à qui l’éthique, la raison et la science manquaient n’hésitait pas à faire la compagnie de ceux qui en possédaient et à vivre avec les sages.

Pourtant il y avait en ce temps une pandémie qui ravageait amèrement le royaume Messifa. C’était une maladie qui durait depuis quatre mois auquelle on attribuait le berceau au pays des nombres. Lentement, irrésistiblement, avec ampleur, cette maladie poignardait les cœurs de par ses dégâts. Gamaliel se rendit compte de la calamité qu’endurait son royaume. Malgré les mesures barrières et sensibilisations préconisées pour éradiquer le mal, il ne cessait d’entendre des cris de mort dans ses centres médicaux et dans le royaume. Le roi, ne sachant à quel saint se vouer, désespéré, soucieux de l’avenir de son peuple n’arrivait plus à dormir. Il avait failli, d’ailleurs, étrangler un de ses enfants qui le dérangeait pour des futilités en ce moment sombre de sa vie. Des jours passèrent mais la situation perdurait. Privé de tout bourdonnement continuel qui faisait le même effet que les voix des onagres dont on ne dissociait les majeurs des mineurs, le roi décida alors de faire appeler tous ses conseillers: divins, astrologues, scientistes, pour une assise extraordinaire afin d’envisager des solutions digne de nom à cet embrouillamini et que l’histoire poura retenir pour la progéniture.

Tous se présentèrent devant le roi à l’heure prévue. Impatient, sans contours, Gamaliel prit la parole au milieu de l’assemblée et leur parla ainsi: Nul n’ignore parmi vous le moment alarmant, mélancolique que nous vivons à présent. Un fléau qui a réduit à moitié notre économie; il a dévasté l’agriculture, l’élevage et le commerce. Des jours de ténèbres se sont abattus sur nous; La joie a cessé dans nos cœurs. Je voudrais chers confrères, loin des mensonges, faussetés et flatteries, que vous me disiez ce que la science, les astres ou les dieux vous révèlent comme solution à ce phénomène. Dans une atmosphère d’hypocrisie de soulagement, les conseillers répondirent au roi: Ô sa majesté, roi de tous les rois de l’univers, toi devant qui montagnes et collines tremblent, honneur et louange soient rendus à toi seul d’éternité en éternité. Sa majesté, nous n’en demeurons pas en moins sur la situation du royaume. Tout a été mis en compte pour faire disparaître cette contagion au milieu de ton peuple. Nous avons fermé nos frontières et tous les lieux de rassemblement. Les habitants respectent scrupuleusement le confinement grâce à tes mesures d’accompagnement; nous faisons quotidiennement respecter les règles d’hygiène à la population. Tous tes adversaires politiques, avec leurs propres biens, dépourvus des querelles du royaume s’allient maintenant derrière toi pour sensibiliser la population dans les coins les plus reculés. Mais ce que le roi demande est difficile; il n’y a personne d’entre nous qui puisse donner une solution certaine au roi, excepté les dieux dont la demeure n’est pas parmi les hommes. Étonné par ces propos, le roi se mit en colère et ordonna qu’on emprisonne à perpétuité tous ses conseillers en qui il avait mis toute sa confiance.

Dès lors, il y eut dans le royaume un vieillard, un ancien général qui avait combattu du côté du grand père de Gamaliel. Il était doué d’une sagesse que Jupiter approuvait et savait du monde ce qu’on en a su dans tous les âges. Pourtant on le sollicitait rarement sur les affaires de la société car sous le coup des âges et de l’effet de la guerre, on ne pouvait plus le déplacer de sa cabane.

Des nuits passèrent mais aucune d’elles ne portaient conseil. Le roi, poursuivant sa réflexion, se souvint de ce fameux homme dont son grand père ne cessait de louer dans ses derniers jours. Alors sans attendre, tout seul, de nuit, Gamaliel se rendit immédiatement chez le vieillard. Arrivé sans aucun protocole, le roi prit la parole et dit l’objet de sa visite au vieillard en ces termes : Ô sage, la mort est dans notre camp, la psychose nous menace ; la dépression, malgré toutes nos stratégies, a envahi le peuple; les cauchemars remplissent désormais nos sommeils. Dis-moi, grand sage, loin de m’exprimer ton état d’âme, la solution exacte à ce présent funeste.

Le vieillard, avec un air rafraichissant, hilarant, tout en se redressant sur sa chaise percée répondit au roi: Sa majesté, soyez sans crainte et décontracté. Il faut que vous sachiez qu’il y a un temps pour toutes choses sous les cieux: un temps pour la guerre, un temps pour la paix; un temps pour pleurer et un temps pour rire. L’homme se tient dans l’intemporel car dans la nature rien n’est nouveau sous le soleil. Toutes choses recommencent exactement à ce qu’elles ont été. La maîtrise du temps par l’homme est un leurre. L’homme reste soumis au temps auquel nul ne saurait s’échapper au bout duquel se trouve la mort. Sa majesté pour que d’autres naissent, il faut que d’autres meurent. Ô roi que serait d’ailleurs le monde, depuis sa création, personne ne mourrait. Ainsi dépouillez-vous d’amertume, des lamentations, et de la panique mais imaginez-vous que chaque heure peut être la dernière et il faut l’espérer avec allégresse.Tout début a une fin.Tel avait été notre devise durant les combats.

Le roi comprit par ces paroles du vieillard que l’essentiel n’est pas de vivre le plus longtemps possible mais le mieux possible et que la solution à la crise est de laisser le temps au temps dans l’espoir d’un meilleur avenir pour Messifa. Alors, Gamaliel hocha la tête deux fois, se leva et disparut dans la nuit noire…

1 réflexion au sujet de “GAMALIEL”

  1. Mes sincères félicitations à notre brave ADZEODA , à travers ce partage, il nous laisse dans un monde de réflexion et aussi de solution.
    Ici, la parole du sage pèse. Certe, toute chose a son temps . Mais penserait il que le silence , l’espoir et la non lamentation ni essayer de trouver de partout des remèdes face à cette maladie est la meilleure des choses?.hors nous savons tous que c’est à force d’affronter que l’on gagne.

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