DES LIMITES DE LA DEMOCRATIE ET DU SUFFRAGE UNIVERSEL 2) LE SUFFRAGE UNIVERSEL

L’une des premières et grandes démocraties au monde utilisait le « tirage au sort » pour désigner ses représentants politiques(je vous assure, c’est vrai).

En effet, au sein de la démocratie athénienne, la pratique du tirage au sort de magistrats était considérée, notamment par Platon et Aristote, comme caractérisant la démocratie. Il était notamment pratiqué pour désigner les membres de la Boulè, ou certains citoyens devant siéger au tribunal populaire. Dans De l’esprit des lois, Montesquieu reprend cette conception de la démocratie comme régime où le suffrage a lieu par le sort, là ou l’élection « est de l’ordre de l’aristocratie ».

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Donc pour Montesquieu, pour qu’il y ait vraiment démocratie représentative, il faut un tirage au sort, dès qu’il y a élection, il ne s’agit plus d’un choix démocratique, mais cela devient un choix aristocratique. Ecoutez-le encore une fois et dit autrement : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. » – Montesquieu.

En d’autres termes, (selon lui), le fait de voter démocratiquement n’est également qu’une illusion et vous ne faites que valider les choix déjà choisis d’un groupe d’aristocrates, d’une minorité qui possède le pouvoir.( Oui je sais, vous vous dites que quoi que vous fassiez, vous n’avez jamais votre mot à dire hin, c’est une impression que j’ai aussi.)

Et Aristote de renchérir (nous sommes dans la Grèce antique, où fut inventée la démocratie). Aristote considérait “comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchiques qu’elles soient électives.”

Pourquoi diable, ces grands hommes trouvaient qu’élire les gouvernants était anti-démocratique ?

La raison est très simple, selon les expériences de ces grandes civilisations, ils ont compris que celui qui est élu se sent investi d’une confiance (vu que ces idées sont belles, il est talentueux… donc plus intelligent que la masse et d’autre pensées communes aux dirigeants) et bientôt cette confiance se transforme en prétention, en orgueil, pour « gouverner à la place du peuple ». Or celui qui a été tiré au sort n’a apparemment pas es prétentions car son choix est techniquement du au hasard et non à certaines qualités qu’il a de plus que les autres candidats ou le peuple.

Mais comme le dirait mon cher ami Renaud, « la démocratie vaut ce qu’elle vaut, et j’en pense ce que j’en pense. Mais c’est le paradigme à travers lequel l’actuel concert des nations voit et juge le progrès, alors qu’il en soit ainsi. »

En fait il voulait parler des élections, en clair, quoi qu’on dise, les élections constituent aujourd’hui la définition réductrice de la démocratie, quoi qu’en pense ces auteurs des temps anciens. Aujourd’hui on est dans les temps modernes, nos grandes civilisations ne peuvent se permettre de choisir leurs représentants par un tirage au sort, ce serait bizarre, quoi que :

Au Canada et plus particulièrement en Colombie-Britannique, le tirage au sort a été employé en 2001, pour la formation d’une assemblée ayant pour but la réforme du mode de scrutin. En France le tirage au sort est aujourd’hui employé pour la formation de jury d’assises. « Parce que les élire conduirait ici à faire dépendre la justice de la perception passionnelle de tel ou tel fait divers du moment. Dès qu’il s’agit d’appliquer une règle décidée par le peuple, et de rien d’autre, et surtout pas de donner le pouvoir de modifier les règles, le tirage au sort ou la nomination administrative paraissent plus démocratique que l’élection par suffrage. Ce principe est admis, sauf dans l’exception notable… de la nomination des gouvernants ».

BIZARRE TOUT CELA, mais bon vous voulez quoi, je ne fais que vous dire ce que les autres ont dit.

Pour résumer tout cela et aller à l’essentiel, aujourd’hui dans notre monde moderne, le couple « démocratie-élection » est une « évidence » et l’étalon avec lequel on juge de l’évolution d’une société, du bien-fondé d’un gouvernement…

Soit, faisons cela et discutons de ce merveilleux couple. Nous allons ensemble essayer de voir s’ils sont aussi « bon couple » qu’on le dit. Mais quelques définitions tout d’abord (encore, mais c’est nécessaire…).

Karl Popper définit la démocratie par opposition à la dictature ou tyrannie, notamment dans son ouvrage La société ouverte et ses ennemis. Ainsi, une démocratie est un système dans lequel est instauré un « contrôle institutionnel des dirigeants ». Selon cette théorie, le peuple exerce une influence sur les actes de ses dirigeants et il a le pouvoir de se débarrasser des gouvernants sans effusion de sang. Il a le pouvoir de juger les actions politiques qui sont mises en œuvre.

Ainsi la question politique traditionnelle « qui doit gouverner ? » ne permettrait pas de définir correctement la démocratie. En effet, une société ouverte donne au peuple, non pas la possibilité de gouverner (Popper estimant impossible que tous les individus d’un peuple donné gouvernent en même temps), mais la possibilité de contrôler et d’évincer ceux à qui on a délégué une responsabilité collective. Cette théorie « « n’oblige nullement à tenir pour bonnes les décisions de la majorité » car ce qui importe alors ce sont les institutions et une tradition d’esprit critique.

Donc l’important dans une démocratie ne serait pas de savoir qui va gouverner (les capitalistes, les ouvriers, les meilleurs, les plus sages…), mais de savoir comment on peut surveiller ou évincer les dirigeants sans avoir besoin de faire une révolution. Popper fait remonter cette conception de la démocratie à Périclès qui dans un discours célèbre formula l’idée suivante : bien que peu d’hommes sont capables d’imaginer des politiques plausibles, tous les hommes sont à même de juger un programme politique et les conséquences de sa mise en application. Donc la démocratie donne aux citoyens non pas le pouvoir de gouverner, mais le pouvoir de juger.

Et selon l’Encyclopédie Universalis (un très grand expert) :

Tous les régimes ne sont pas démocratiques. Les démocraties se distinguent par l’existence d’une pluralité de partis politiques, par la liberté de choix laissée aux citoyens et par la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Une distinction réaliste des formes de gouvernement doit aujourd’hui prendre pour critère fondamental l’existence ou l’absence d’une opposition jouissant de la faculté de se faire entendre par des procédés constitutionnels. Il est certain, en effet, que toutes les techniques gouvernementales se trouvent affectées par la place accordée à l’opposition et par les procédures selon lesquelles elle peut légalement intervenir.

Et le mode de choix des dirigeants, « adopté » par les citoyens dans nos sociétés démocratiques modernes est le « Suffrage universel » (Aucune inquiétude, je vais le définir).

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Selon WIKIPEDIA

Le suffrage universel est le vote de l’ensemble des citoyens, par opposition au suffrage censitaire ou au suffrage capacitaire. Il est l’expression de la souveraineté populaire et de la volonté générale dans un régime démocratique. Dans sa version moderne, il est individualisé, c’est-à-dire qu’il s’effectue selon le principe une personne = une voix, contrairement au vote plural ou au vote familial.

Le droit de vote permet aux citoyens d’un État d’exprimer leur volonté, à l’occasion d’un scrutin, afin d’élire leurs représentants et leurs gouvernants, de répondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum, ou encore de voter directement leurs lois. Pour les démocraties modernes il s’agit du principal droit civique, considéré comme fondamental.

Le suffrage universel se définit par opposition à d’autres types de suffrages restreints qui limitent le droit de vote à une partie de la population en raison de la fortune, de l’éducation, du sexe, de l’âge, de la religion, de l’origine, de l’ethnicité (y compris la « race »), de l’orientation sexuelle, de l’identité sexuelle, de la nationalité, des condamnations pénales, basé sur l’égalité devant la loi.

On ne va plus rentrer dans ces histoires de suffrage direct, indirect…. Juste que tout cela est tellement bien dit et tellement beau que j’en trépigne sur place. Et j’ai encore mieux :

La souveraineté populaire est la possibilité de décision du peuple en dernier ressort. Il est universel car il se déroule sans avoir recours à ses représentants élus (souveraineté nationale) ni aux partis politiques. Le citoyen vote individuellement et à bulletin secret. Un électeur ne peut être inscrit que sur une seule liste électorale, dans la commune où se trouve son domicile réel.

Vous entendez cela « il se déroule sans l’influence des représentants élus, ni des partis politiques ». Hummm….

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Le suffrage universel cherche à associer le plus grand nombre possible de citoyens au fonctionnement du système politique et au choix de leurs dirigeants. Dans un régime démocratique, le suffrage universel est le fondement de la souveraineté populaire dont il est le moyen d’expression, et de l’égalité entre tous les citoyens dont chacun détient une parcelle du pouvoir.

« Plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre […] même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave. » Condorcet – 1791 (j’ai trouvé cela beau, raison pour laquelle je la cite).

Mais les critiques ne sont jamais loin et c’est encore un grand expert, reconnu comme un des grands penseurs qu’a connu la terre :

Jean-Jacques Rousseau, considèrent que la démocratie ne peut être que directe : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point. »

Selon lui et je suis bien d’accord, cette histoire de souveraineté populaire, qui permet de se faire représenter, n’est dans la pratique que de la poudre aux yeux.

question-su(Juste pour rire)

Dans son ouvrage, Le Suffrage universel et le problème de la souveraineté du peuple, Paul Brousse, propose une critique radicale de la démocratie représentative en dénonçant la réduction de la souveraineté populaire au droit de vote accordé à tous. On prétend, nous dit-il, que puisque le peuple a le droit de voter, il est souverain. Certes, il ne gouverne pas lui-même, mais il désigne par les urnes ceux qui le représenteront et accompliront sa volonté. Mais qu’est-ce que « la volonté du peuple », demande Paul Brousse ? Que recouvre ce mot sur lequel se hissent les gouvernements ? Un peuple est toujours constitué de volontés individuelles, et celle que dégage le suffrage n’est jamais, au mieux, que la volonté d’une majorité ponctuelle.

74302892(Ils sont partout ceux là… à croire que)

Aussi la représentation électorale du peuple, fondement de nos démocraties, est-elle une illusion. Mais cette illusion, poursuit-il, est en outre un piège pour le peuple. Car si le principe du suffrage contraint certes la minorité dirigeante à composer avec les électeurs, il forme aussi pour elle un garde-fou efficace qui la prévient des révolutions.

C’est d’ailleurs pour cela que Paul Brousse condamne a priori tout effort de se constituer en parti d’opposition. L’opposition parlementaire, même sincère, nourrit inéluctablement le parti au pouvoir. Elle l’avertit des risques de soulèvements et offre au mécontentement populaire un exutoire inoffensif. Si l’on souhaite réellement que le peuple se gouverne, alors laissons-le agir. Laissons les individus s’organiser seuls, en associations, en corps de métiers, et ne leur imposons pas une démocratie creuse où leur souveraineté se résume simplement à déposer un bulletin de vote.

1 réflexion au sujet de “DES LIMITES DE LA DEMOCRATIE ET DU SUFFRAGE UNIVERSEL 2) LE SUFFRAGE UNIVERSEL”

  1. Je vois que ça suit son cours par ici, et comme tu dis, on converge un peu un peu dans nos conclusions sur ce sujet vivement le troisième (je vais attendre le dernier pour tirer voir, on ne sait jamais – Sinon, c’est étonnant quand même qu’on soit en désaccord sur certains autres points, un certain point en particulier, enfin bref, on verra) .
    Une chose est sure pour moi, comme le dit Montesquieu et comme le faisaient déjà les grecs, il n’y a de véritable démocratie que le tirage au sort, et encore, il faut que les noms à tirer ne soient pas pas triés à l’avance.
    Mais même au delà de tout, une véritable démocratie est une hérésie civilisationnelle, sauf sous réserves d’une grand nombre de prérequis. La démocratie, c’est un genre de m*rde par essence.
    Enfin, on y reviendra surement.

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